La correspondance de Madame Bégon procure une brève description des coutumes de nos ancêtres qui célèbrent l’arrivée du nouvel an vers 1750. Elle écrit :
On se tient chacun chez soi en attendant le jour des folies, car tu sais que le 1er de l’an est une vraie extravagance. […] Tout ce qui répugne à la petite, c’est qu’il faut baiser tout le monde : elle n’aime point cela. (1)
Mme Bégon ou de son nom de jeune fille Marie-Isabelle-Élisabeth Rocbert de La Morandière, est la fille d’Étienne et d’Élisabeth du Verger. Son père est venu s’établir en Nouvelle-France vers 1690; il deviendra garde-magasin à Montréal jusqu’en 1732. Il s’agit d’une famille en vue à Montréal mais elle n’est pas noble.
Quand Claude-Michel Bégon voudra l’épouser, un noble et frère cadet de l’intendant par surcroît, on assiste à une levée de boucliers. Pour faire une histoire courte, ils se sont mariés « à la gaumine ». Officiellement, leur mariage a été célébré à Montréal, le 19 décembre 1718, après la dispense de la publication des trois bans et l’autorisation du gouverneur Vaudreuil. La famille s’installe à Trois-Rivières où Claude-Michel Bégon deviendra gouverneur.
Elle commence la rédaction des lettres à son gendre après la mort de son mari en 1748. Elle retourne vivre à Montréal.
(1) Lettres au cher fils, Correspondance d’Élisabeth Bégon avec son gendre (1748-1753), préface de Nicole Deschamps, Montréal, Hurtubise HMH, 1972.
Dans les premières années du 19e siècle, plusieurs habitants de la région de Québec allaient travailler aux Postes du Roi. Cette dénomination désignait une vaste région qui s’étendait de la rivière Saguenay jusqu’à Chicoutimi et longeait le fleuve Saint-Laurent jusqu’aux côtes du Labrador.
Au recensement de la ville de Québec de 1818, Martin Parent, boulanger âgé de 36 ans, Marguerite Goodchild (aussi dénommée Bonenfant dans les registres de la Côte Nord), son épouse âgée de 20 ans, et leur fille Marguerite, âgée de 4 mois, demeurent au numéro 144 de la rue Saint-Georges. Il n’y a rien d’exceptionnel dans cette famille. Cependant, les registres de Québec de l’année 1819 exposent une situation qui aurait pu devenir embarrassante pour Martin et les siens. Le 30 mars 1819, Martin et Marguerite font bénir leur mariage à l’église de la paroisse Notre-Dame-de-Québec. L’acte de mariage explique bien de choses :
Le trente mars mil huit cent dix neuf, monseigneur Joseph Octave Plessis, Evêque de Québec ayant accordé la Dispense de trois Bans de mariage et aussi celle du temps publié pour en faire la célébration a martin parent Boulanger domicilié en cette Ville fils majeur de feu Joseph parent et de feue Marguerite Legris dit Lepine de cette paroisse d’une part, et Marguerite Goodchild domiciliée en cette ville fille mineure de Thomas Goodchild pêcheur et de Marie Quironette consentants du Poste appelé Blanc Sablon sur la cote de la Brador d’autre part, lesquels avaient déjà contracté ensemble un engagement de mariage au dit Blanc Sablon dix neuf février mil huit sent dix sept par devant témoins à défaut de Prêtre deservant le dit lieu […]
À certaines périodes de notre histoire, nos ancêtres ont fait appel au sens commun plus d’une fois pour suppléer à la loi ou à la règle établies. Par exemple, dans certaines régions éloignées, comme sur la Côte Nord, les rares présences du missionnaire rendaient difficile l’observance des commandements de la religion catholique. Ainsi donc, Martin et Marguerite ont régularisé une situation maritale de fait. À quelque part sur la Côte Nord, un individu en autorité avait probablement autorisé leur vie commune sans procéder à la cérémonie religieuse du mariage.
En ce qui concerne sa filiation, Martin Parent descend de Pierre Parent par son fils Jacques et sa première épouse, Louise Chevalier.
Quand on fait une recherche en généalogie, il arrive parfois qu’on ne trouve pas des dates de naissance, de mariage ou de sépultures. Certains registres paroissiaux sont incomplets.
En d’autres occasions, un individu part en expédition dans les Pays d’en haut et ne donne plus signe de vie. Alors, on présume qu’il est décédé mais son acte de sépulture n’est pas inscrit dans les registres paroissiaux. Cette situation se rencontre aussi chez les navigateurs qui sillonnent le fleuve Saint-Laurent. Les naufrages sont fréquents et chacun de ceux-ci est accompagné de son lot de personnes disparues qui n’auront pas de sépultures. Si les sources traditionnelles d’information des généalogistes que sont les registres paroissiaux ne contiennent pas l’information recherchée, la documentation archivistique qu’on trouve dans les centres d’archives du Québec peut fournir des éléments de réponse.
C’est le cas de Joseph Parent, fils de René Parent et de Marie-Madeleine Courault.
On le connaît parfois sous le prénom de Joseph-Mathieu mais le plus souvent, on le nomme Joseph. Il est né le 20 septembre 1700,à Beauport. Il épouse Louise Blondeau, fille de Joseph Blondeau et d’Agnès Giguère, à Saint-Louis de Kamouraska, le 7 janvier 1728. Louise Blondeau ne survit pas à l’accouchement de son premier enfant et elle meurt le 18 novembre 1728, onze jours après la naissance de son fils.
Joseph ne reste pas veuf très longtemps. Il se remarie avec Geneviève Cartier, fille de Paul Cartier et d’Agnès Cloutier, à Saint-Joachim, le 25 avril 1729. Joseph occupe plusieurs métiers. Ses occupations l’amènent à naviguer sur le fleuve Saint-Laurent. Il se rend à Tadoussac, même à Sept-Îles.
À l’automne 1742, nous apprenons que Geneviève Cartier est veuve. Les recherches pour trouver l’acte de sépulture de Joseph (ou Joseph-Mathieu) sont vaines. Quand est-il mort ? Au baptême de son dernier enfant en 1739, il est vivant.
Les registres paroissiaux sont muets en ce qui concerne le décès de ce Joseph Parent mais les archives apportent des éléments de réponse. Le 25 octobre 1742, à Québec, est rédigé un acte de tutelle des enfants mineurs de Joseph Parent, décédé, et de sa veuve Geneviève Cartier qui est nommée tutrice de ses enfants.
L’acte de tutelle était insinué peu de temps après le décès d’un des époux. Les archives permettent d’avancer que Joseph Parent est décédé au cours l’été ou au début de l’automne 1742.
C’est l’histoire de Jacques Parent, fils de Jacques Parent et de Marie-Anne Chalifour qui a connu les joies de la paternité à 65 ans.
Ce Jacques Parent voit le jour le 30 septembre 1714, à Beauport. Le 22 février 1748, il épouse Angélique Laurent dit Lortie, au même endroit. Angélique est née le 9 novembre 1717, aussi à Beauport. Comme on peut le constater, ce ne sont pas deux jeunes à l’aube de la vingtaine qui se marient : Jacques a 33 ans et son épouse a fêté son trentième anniversaire. Aucun enfant ne naîtra de cette union. Angélique meurt le 19 mars 1774, à Beauport. À la suite du décès de son épouse, Jacques reste veuf plusieurs années et il se remarie en 1780. Le 29 mai de cette année-là, à l’église de Beauport, il unit sa destinée à celle de Catherine Drolet, veuve de Charles Gagné.
Catherine Drolet, fille de Pierre Drolet et Marie-Anne Chartré, est née le 18 mars 1742 et a été baptisée le lendemain, à l’église de L’Ancienne-Lorette. Elle épouse Charles Gagné, veuf de Marie-Jeanne Parent, à L’Ancienne-Lorette, le 4 février 1771. Il s’agit du deuxième mariage de Gagné. Charles Gagné et Catherine Drolet ont eu un enfant : Joseph, baptisé à Sainte-Foy le 15 janvier 1772. Charles Gagné meurt quelques années plus tard; il est inhumé le 3 mars 1775, à L’Ancienne-Lorette. En premières noces, Gagné avait épousé Marie-Jeanne Parent, fille de Jacques Parent et de Marie-Anne Chalifour, le 15 février 1745, à Beauport. Marie-Jeanne, baptisée à Beauport le 13 novembre 1723. est la soeur de Jacques Parent. Marie-Jeanne est décédée en janvier 1769, à L’Ancienne-Lorette. De 1747 à 1758, elle a donné naissance à sept enfants.
Le mariage de Jacques et Catherine a sûrement fait jaser à Beauport car le marié a 65 ans, et son épouse ,38 ans. Qui plus est, l’acte de mariage recèle une clause particulière. En effet, les nouveaux mariés reconnaissent comme leur fils légitime un enfant baptisé le 15 mars précédent, à Beauport, sous le nom de Jacques.
Extrait des registres de la paroisse La Nativité de Notre-Dame de Beauport
Le quinze mars mil sept cent quatre vingt par moi soussigné missionnaire a Beauport a Eté Baptisé jacques né le même jour de parents inconnus, Le parrain a Eté jean Duprac, La mareine marie anne veSinas qui ont Déclarés ne Scavoir Signer de ce Enquis Suivant L’ordonnance Renault prtre
Extrait des registres de la paroisse La Nativité de Notre-Dame de Beauport
Le vingt neuf may mil Sept cent quatre vingt après la publication de Deux Bans de mariage faite aux prônes des messes paroissiales de Beauport Entre jacques parent veuf de Défunte angélique laurent de Cette paroisse D’une part Et Catherine Drolette veuve de feu Charles Gagné aussi de Cette paroisse D’autre part Sans quil Se Soit trouvé aucun Empêchement au dt mariage canonique ni Civil, vüe la Dispense du troisième Ban accordée par monSeigneur L’évêque de quebec je Soussigné missionnaire a Beauport les y ai marié Selon la forme prescrite par notre mère la Ste Eglise Et pendant la Célébration de leur mariage, lépoux et lépouse ont Reconnus pour issu de leurs Corps Et ont légitimés jacques né le quinze mars de la présente année Et Baptisé au dt Beauport le même jour; ont Etés préSents aux dts mariage Et légitimation jean Baptiste Duprac, marie anne veSina parrein et marreine de l enfant; jean jobin francois poitevin, magdeleine Giroux, Catherine parent Lesquels Excepté le Soussigné ont Déclarés ne Scavoir Signer de ce Enquis Suivant lordonnance.
Renault prtre
Le couple Parent-Drolet n’aura qu’un seul enfant. Catherine Drolet rend l’âme le 20 septembre 1794 et est inhumée le lendemain, à Beauport. Jacques Parent, cultivateur à Beauport, s’éteint le 9 juillet 1796; il est inhumé deux jours plus tard. L’acte de tutelle du 15 juillet 1796 désigne Jean-Baptiste Drolet, oncle maternel, comme le tuteur de Jacques Parent, mineur âgé de 16 ans. Ce fils tardif va se marier trois ans plus tard. Il ne suit pas en cela l’exemple de ses parents car, le jour de ses noces, il n’a que 19 ans. Le 6 août 1799, dans la paroisse Notre-Dame-de-Québec, il épouse Geneviève Bilodeau, fille de François Bilodeau et Louise Poulin. Son tuteur lui sert de témoin.
Un certain nombre des billets que je partage avec vous sur mon blogue sont tirés des biographies d’ancêtres que j’ai éditées à compte d’auteur et de la biographie de mon ancêtre Pierre Parent qui a été éditée par la Société de généalogie de Québec. À plusieurs occasions, j’ai extrait des passages de ces biographies afin de présenter des pans de vie des premiers habitants de la Nouvelle-France.
Je vous présente la liste de biographies qui concernent mon ancêtre Pierre Parent et quelques-uns de ses fils, soit sept fils sur les onze qui se sont mariés et ont eu une descendance. Une huitième biographie d’un des fils de Pierre Parent, celle de Charles Parent, a été écrite par Guymont Parent.
Guy Parent, Michel Parent (1671-1726), (La deuxième génération), Québec, s.e., 2011, 77 pages.
Guy Parent, André Parent (1662-1699), le navigateur (La deuxième génération), Québec, s.e., 2010, 69 pages.
Guy Parent, Les triplets de Beauport (La deuxième génération), Québec, s.e., 2009, 194 pages.
Guy Parent, Jacques Parent (1657-1744), (La deuxième génération), Québec, s.e., 2007, 140 pages.
Guy Parent, De la Nouvelle-France à la Louisiane : Claude Parent et son neveu François, Québec, s.e., 2006, 27 pages.
Guy Parent, Pierre Parent, le pionnier : boucher, carrier, chaufournier et fermier, Québec, Société de généalogie de Québec, contribution no 105, 2005, 160 pages.
Guymont Parent, Charles Parent (1676-1747), Saint-Michel-de-Bellechasse, s.e., 2011, 119 pages.
Les répertoires des baptêmes, mariages et sépultures célébrés au 18e siècle dans les forts et les établissements français qui sont situés dans la région des Grands lacs, dans la vallée de l’Ohio et le long du Mississipi ont été publiés en deux tomes par Marthe Faribault-Beauregard en 1982 et 1984 (1, 2). Cette publication contient une précieuse information sur cette région parcourue par les migrants français aventureux.
Elles contiennent aussi des renseignements généalogiques uniques qui, dans certains cas, deviennent autant d’énigmes. Dans les registres de la paroisse Sainte-Anne du fort de Chartes, la généalogie de familles Parent est confrontée à un couple dont on ignore les origines.
Le 18 juin 1748, est baptisé Charles Parant, fils légitime de Charles Parant et de Marie-Barbe Le Viconte. Le parrain est Jacques Martin et la marraine est Marie-Joseph Sorel, épouse de André-Thomas Desjardins.
Les généalogistes de la famille Parent cherche encore à identifier ce Charles Parant mariée à Marie-Barbe Le Viconte.
(1) Marthe Faribault-Beauregard, La population des forts français d’Amérique (XVIIIe siècle), Tome 1, Montréal, Bergeron, 1982, 299 pages.
(2) Marthe Faribault-Beauregard, La population des forts français d’Amérique (XVIIIe siècle), Tome 2, Montréal, Bergeron, 1982, 435 pages.
Voici une autre énigme généalogique qui découle d’un acte de mariage entre Joseph Lambert et Geneviève Parent, rédigé le 7 août 1815, dans la paroisse de Sainte-Madeleine-de-Rigaud,
« Le sept Aoust Mil huit cent quinze, après la publication de trois bans de mariage faite au prône de la messe paroissiale pendant trois Dimanches de suitte, entre Joseph Lambert garçon majeur, journallier Résident dans le Townships Hackesbury haut Canada, fils de feu Augustin Lambert et de defunte Genevieve Parent, ses père et mère en leur vivant cultivateur en la paroisse de St Ours d’une part, et Marie Blondeau, majeure, fille de Lambert Blondeau Ancien capitaine de Milice et de Genevieve Lacombe ses père et mère journallier en la Seigneurie d’Argenteuil d’autre part, Je Prêtre soussigné curé de Rigaud n’ayant découvert aucun empêchement quelconque entre les parties susdite, Vûe l’approbation de leurs parens respectifs au dit mariage et après avoir recu leur mutuel consentement leur ai donné la bénédiction nuptiale en présence de Pierre Bertrand Ami de l’Époux, de Lambert Blondeau père de l’Épouse, de Luc Sauvé et de Simon Quénel leurs témoins et Amis dont tous ont déclaré ne savoir signer ainsi que l’Époux et l’Épouse Lecture faite. »
La lecture de cet acte est facile. Le problème concerne le couple Augustin Lambert et Geneviève Parent, résidant à Saint-Ours. En dépit des renseignements complets donnés dans cet acte, les généalogistes qui travaillent sur la famille Parent n’ont pas encore trouvé un mariage entre un Augustin Lambert et une Geneviève Parent, encore moins le baptême de leurs enfants dont celui de Joseph Lambert qui se marie en ce 7 août 1815.
Alors, qui est cette Geneviève Parent ?